Nuit paisible et au sec dans ma cabane...
Tellement sèche, qu’au petit matin, surprise, mes affaires trempées de la
veille sont déshydratées ! Direction, à une demi-heure de là, le refugeCAFdesBésinespour me prendre un petit
déjeuner... Loin de trouver l’ours que l’on m’avait décrit, le gérant du refuge
s’avère aimable, souriant et au petit soin avec ses hôtes. Il doit être 8h15 quand
je redémarre. Au programme : une mise en jambe de 2h30 de montée plein Est
vers le Col de Coma d’Anyell d’où on plonge ensuite vers l’Étang de
Lanoux. Je croise le jeune berger des environs non loin de la sa cabane (cabanedeRouzet) située à la croisée des GR10 et
GR7. La direction du GR10 étant bien moins indiquée, nombreux sont les
randonneurs qui s’embarquent tête baissée sur ce dernier. La vigilance s'impose
donc à ce carrefour !
Etang de Lanoux
Le troupeau de brebis dont je veux
enregistrer les sonnailles fuit à mon arrivée. Passé Merens et Andorre
L’Hospitalet, nous quittons les Pyrénées ariégeoises pour entrer de plain pied
dans les Pyrénées orientales. La transition est nette : finis, les grands
dénivelés de l’Ariège !
Vallée de la Grave
Après le Col de la Grave se
profile une superbe et longue descente dans la vallée du même nom (Vallée de
la Grave) où le ruisseau a dessiné des méandres et creusé des mares
éclatantes sous le soleil.
Quand le barrage de Bouillouse est en vue,
apparaissent en nombre des marcheurs du dimanche, une concentration qui va
croissant sans être envahissante au fur et à mesure que je me rapproche du but.
Barrage de Bouillouse
Repos des pieds et du ventre au
bar-restaurant de l’hôtelBonesHores
avec une succulente omelette accompagnée d’une tarte aux myrtilles en dessert.
Mais comme de tradition en fin de journée, le ciel s’assombrit en fin de
journée et s’abat peu après une seconde pause café au refugeCAFdesBouillousestout proche où je
prends mon temps pour surveiller et évaluer l’évolution de la météo. Le temps
passant, le courage me manque finalement de poursuivre dans l’humidité vers le « refugedel’ÉtangdePradeille(abri) » dont des
randonneurs pensaient qu’elle était détériorée et souillée par des chevaux (le
lendemain, je verrai que ce n’est pas le cas). Aussi, je passerai la nuit en
demi-pension (39,60 €) au CAF. Je ne le regretterai pas car vers 19h le
ciel éructe à nouveau une pluie abondante. Une amélioration est en vue pour les
prochains jours... En attendant, après la pluie, la brume s’installe...
Souper lasagne... Basique... Une
cinquantaine de personnes passent la nuit ce soir dans le refuge... Discussion
avec un grand hollandais solitaire, deux jeunes français...
Bon à savoir :
●Pas de source entre les Refuges des Bésines et de
Bouillouses.
●Beaucoup de possibilités de bivouac sur cette étape (Étang
de Lanoux, barrage de Bouillouse...).
(Hors GR10, en passant par le GRT68 -> Andorre L'Hospitalet
-> GR107 -> Bésines)
Lac et refuge au loin (au pied du Pic de Rhule)
La journée avait bien commencé au refuge de Rhule sous
un ciel bleu et ensoleillé, mais les prévisions étaient claires : une
dégradation des conditions météorologiques se profilerait dès l’après-midi. Et
ici, ce soir, dans ma petite cabane des Bésines, je me dis que la chance sourit
aux audacieux, car je suis au chaud, au sec... et au calme après avoir survécu
à quelques mésaventures en fin de journée.
Plus tôt ce matin, j’avais
décidé, après avoir quitté et laissé mes compagnons (Jane, Robert, Rémy) de
plusieurs jours filer vers Mérens-les-Vals,de ne pas suivre le GR10
classique qui descend vers / puis remonte de Merens, mais de poursuivre sur le GRT68 qui reste plus en hauteur et qui longe une série d’étangs aux eaux
cristallines. Étonnamment, autour des lacs, de nombreuses floraisons
s’épanouissent alors qu’ailleurs, elles sont fanées depuis belle lurette :
petit cocriste (ou rhinanthe), digitale jaune, aconit... Malgré la beauté des
lieux, ce n’est pas l’affluence redoutée pour un samedi ensoleillé. Quelques
groupes d’Espagnols, un jeune couple avec enfant sur le dos, quelques pêcheurs
ou randonneurs isolés, guère plus. Mais il faut reconnaître que cette balade se
mérite, les routes étant à bonne distance et la grimpée pas à la portée du
premier venu...
Peu après le refuge et les lacs,
dans la montée, un entrepreneur pioche le sentier du GR pour le rendre plus
accessible. Payé par le Conseil général car me dit-il « À part la
randonnée, y a pas grand chose à faire en Ariège ».
Aconit
Gentianes jaunes
Plus loin au bord d’un étang je
recroise un français vu quelques heures plus tôt à la fontaine du refuge de
Rhule. Il ne m’a pas dépassé, il a coupé au plus court en gravissant la
montagne depuis le refuge pour se retrouver là où je le retrouve alors que moi
j’ai contourné tout le massif pendant 3h30 pour arriver au même point. Sauf
qu’avec mon gros sac à dos, je n’aurais pas pu suivre ce parcours. On parle de
l’ours, sujet de prédilection en Ariège. Le seul ours qu’il n’ait jamais vu
dans ces montagnes, me dit-il, sévit au refuge des Bésines. Je fais le lien
avec ce qu’une autre personne m’exprimait la veille en insistant sur
l’importance d’arriver avant 19h30 à ce refuge pour que le responsable serve un
repas. Une manière diplomatique peut-être pour me faire comprendre en d’autres
mots la même chose ?
De nombreux éboulis de pierres
encombrent le GR, mais après 12 jours de marche, mes pieds alertes les
enjambent aisément. 6 heures de marche plus tard, j'atteins l’Hospitalet et
croise, peu avant, un concitoyen flamand, Mark, originaire de Leuven. Il est
« moins une » car depuis quelque temps le tonnerre gronde et à peine
étions-nous installés à la terrasse de l’hôtel-restaurant que le ciel nous
tombe sur la tête (heureusement bien protégée par un parasol mural). Nous échangeons
nos impressions et expériences autour de la randonnée, de l’impasse politique
belge... Et en abordant la question professionnelle, quelle surprise de
découvrir que nous avons plusieurs amis et connaissances en commun. Sûr qu’on
se reverra !
L'Hospitalet
L’orage gronde au loin et mon
intention première est d’aller au gîte de l’Hospitalet mais après une
pause d’une heure, je sens que c’est la grande forme. Je suis optimiste et
confiant dans ma bonne étoile car les grondements du tonnerre semblent
s’éloigner. Aussi, je passe à côté du gîte avec la ferme intention de rejoindre
au moins le lac et les cabanes des Bésines, sinon le refuge qui se trouve à
2h30 de marche de l’Hospitalet. Je marche d’un pas décidé... et une demi-heure
plus tard je dois bien reconnaître que mon optimisme risque d’être mis à dure
épreuve : le tonnerre gronde de plus belle et le front sombre des nuages qui
semblait s’éloigner... se rapproche. C’est sûr, je vais en baver et je regrette
à présent mon choix... Mais il est trop tard pour faire marche arrière.
J’accélère encore le pas et, aux dires de randonneurs qui rebroussent chemin, à
ce rythme je pourrais bien atteindre le refuge des Bésines... dans 1h30. Gloups !
Je connais ce genre de situation, de toute évidence le ciel sombre va
subitement m’éructer quelque chose sur la tête et , sans crier gare, lorsqu’il
l’aura décidé... Aussi, je me prépare à me faire saucer en recouvrant mon sac à
dos de sa housse protectrice et en enfilant ma cape de pluie. Et en moins de
temps qu’il ne faut pour le dire, les premières gouttes de pluie se
transforment en une averse de grêlons, d’abord gros comme des petites billes
d’enfants, ensuite énormes comme des œufs de caille. Je me réfugie sous un
conifère et protège le dessus de ma tête de mes deux mains, car ce sont à
présent des œufs de pigeon, volumineux comme les billes « cartaches »
de ma jeunesse, qui s’abattent avec une rare violence. Je râle sur ma témérité
et à la fois je ris sous (ma) cape, face à cette situation à laquelle je prends
beaucoup de plaisir, sachant qu’un orage ne dure jamais longtemps et qu’au
pire, on n’osera pas refuser ma présence au refuge dans un si triste état... Le
sol est jonché de ces billes blanches de différents calibres que j’écrase sous
mes pas en galopant entre deux averses.
Je traverse les paysages sans les
voir... J’arrive finalement à la première des deux cabanes de Bésines (RefugeduBarragedesBésines) dans laquelle je
m'engouffre. Il y fait sec, il y règne même une certaine chaleur et il présente
de bonnes places de couchage. Sans que ce ne soit le grand luxe, elle me plaît
bien ! Je me l’approprie l'espace d’une nuit en étant presque certain de ne
plus croiser ce soir d’autres randonneurs sur les chemins inondés : soit
ils sont à l’abri depuis belle lurette dans une autre cabane, soit ils sont au RefugeCAFdesBésines. Et aucun regret de ne pas être parmi
eux, car j’aspire à une soirée au calme, en solitaire... sans devoir subir les
ronflements de voisins de chambrée !
En attendant demain matin, je
salive à l’idée d’aller tâter le petit-déjeuner chez « l’ours » du
refuge CAF de Bésines...
Bon à savoir :
GRT68 entre Rhule et l'Hospitalet
●Du refuge de Rhule il est possible de rejoindre les Bésines sans descendre sur Merens en prenant le GRT68 vers l'Hospitalet (par de superbes lacs) puis le GR107 de l'Hospitalet aux Bésines.
●Pas de source d’eau entre le refuge de Rhule et Andorre l’Hospitalet (mais de nombreux ruisseaux).
●Plusieurs possibilités de bivouac entre le refuge de
Rhule et Andorre l’Hospitalet (notamment au bord d’étangs).
Lever 6h30... Le loir est
probablement couché à cette heure. Grâce à mes boules Quiez, la nuit fut
réparatrice. Le petit déjeuner “riz au lait” (1 € la boîte) me cale pour
le reste de la journée. Départ vers 8h15. Nous retrouvons Jane et Robert qui
ont passé la nuit à hauteur de la Cabane 1 de Clarans.
La Jasse d'Artaran
La Jasse (= pâturage)
d’Artaran (1695 m) est en vue après deux heures de montée dans une
pente très raide à travers une forêt de hêtre avant de déboucher au sommet dans
un pré à genévrier. Là-haut, une source est renseignée et balisée (env. à
500 m). Pause au restaurant du plateau de Beille où avec Rémy, Jane
et Robert, je savoure un café et un morceau de tarte aux myrtilles avant de
poursuivre sur une longue piste en pente douce vers le Col de la Didorte
(2093 m). Cette piste scintille des mille reflets de lamelles de
micaschiste éclairées par le soleil. Dans la montée, de curieuses trottinettes
tirées par des chiens me dépassent. À mon étonnement affiché, j’entendrai pour
réponse « Ce sont des trottidogs... ».
Col de Fines
Cela fait une semaine que mon
petit orteil gauche - encore lui - me crée des soucis et là, je n’en peux
plus... J’enfile une autre paire de chaussettes mais rien n’y fait... Je
poursuis néanmoins. Au-delà de la piste, les paysages sont tout simplement
superbes, mêlant les « jasses » (pâturages) et des zones plus
rocheuses et des vues sur les cols de la crête des Isards à 360°. En 5
heures de marche depuis Beille, le refugedeRhule(2185 m) est en vue... sous une lumière exceptionnelle. J’y
passerai la nuit avec mes compagnons de plusieurs jours, Jane, Robert, Rémy.
Bon à savoir :
●Eau disponible au restaurant de Beille
●Source renseignée et balisée peu avant la jasse
d’Artaran (-> 500 m)
●Nombreuses possibilités de bivouac entre la Cabane de
Clarans et le refuge de Rhule.
●Source (tuyau) à la cabane de berger entre les Cols de
Finestres et le col de la Didorte.
Quel plaisir de replier une tente
qui n’a pas subit les assauts de la rosée nocturne : camper sous le
couvert forestier présente quelques avantages. Le soleil est à nouveau au
rendez-vous. Du Col de Gamel (1390 m) on est très rapidement sur la
crête de Bède qui se présente comme une succession de collines
verdoyantes et arrondies qui me rappellent l’étapepassantparlesCromlech’sauPaysbasque : du sommet des collines et en particulier au Pla de Mont Camp
(1904 m), le regard s’offre une vision panoramique à 360°.
Aujourd’hui, plus que les jours
précédents, nous croisons des randonneurs chargés de gros sacs à dos qui
profitent peut-être des conditions climatiques plus favorables pour s’élancer à
l’assaut du GR10. Parmi ceux-là, il y a cet homme, la soixantaine, croisé dans
la pente interminable entre le Col de Sirmont (1693 m) et la vallée
de Coudenes (1040 m). Un véritable Sherpa chargé d’un sac... de 30 kg ! Because
we are walking during 3 weeks, justifiera-t-il. La jeune fille d’une
vingtaine d’années qui l’accompagne n’a, elle, « que » 25 kg sur le
dos. De quoi passer des vacances inoubliables, j’en conviens... Et moi qui maugréais
avec mon sac de 14 ou 15 kg !
La saison des fruits des bois est
à son paroxysme et les pauses myrtilles se font plus nombreuses. À environ 10
minutes de la vallée de Coudenes (1040 m) se profile la cabanedeClarans, sombre et sentant le renfermé.
Mais heureusement, un peu plus loin se trouve la cabane de Clarans « bis »,
celle approvisionnée par Fabrice du petit gîte de Siguer et bordée d’un
plantureux mirabellier dont je ferai bombance. Plus spacieuse et propre que la cabane
officielle, elle offre aussi, à l’initiative de Fabrice, des provisions de
première nécessité qui dépannent le randonneur dans cette région des Pyrénées,
l’Ariège, peu fournie en possibilités de ravitaillement : boîtes de conserve
(saucisses aux lentilles, cassoulet, riz au lait), boissons fraîches... Cette initiative remarquable, basée sur la
confiance et la responsabilisation des randonneurs, est à encourager. Chacun se
sert de ce dont il a besoin et paie son dû, soit au petit gîte de Siguer, soit
au Refuge de Rhule. Merci à Fabrice et Nina !
Pour ce qui me concerne, ce soir
ce sera un souper « saucisses aux lentilles ». Prix plus que
démocratique, jugez plutôt : 1,40 € la boîte.
Mais le gîte réveille aussi le
naturaliste qui sommeille en moi. Un loir (Glis glis) vient
régulièrement nous rendre visite, il passe et repasse sur les poutres,
sautillant comme un kangourou et s'agrippant comme un singe sur les murs de la cabane !
Superbe observation... et une nuit agitée en perspective.
Bon à savoir :
●Ravitaillement possible à la Cabane « bis »
de Clarans (et celle de Courtal Marti) et payable soit au petit gîte de Siguer, soit
au refuge de Rhule en fonction de votre parcours. Merci à Fabrice Scheffer du
petit gîte de Siguer pour cette remarquable initiative ! Se
renseigner auprès de Fabrice : http://petitgitesiguer.fr + actualité 2014
●Pas de source d’eau croisée entre le Col de Gamel et la
Cabane de Clarans. Par contre, de nombreux ruisseaux et ruisselets (pastilles
nécessaires).
●Le topoguide GR10 renseigne une « prise d’eau non
traitée » à Clarans. Probablement le ruisseau (pastilles nécessaires).
Départ du camping d’Auzat vers
8h30. Retour en arrière sur quelques centaines de mètres vers les usines à
l’entrée du village. Un chemin balisé de « ronds jaunes » (« Hors
GR » dans le topoguide) passe par les charmants hameaux d’Olbier et
Goulier où nous retombons sur le GR10. Aujourd’hui, c’est le grand
retour du ciel bleu et du soleil qui donnent du mouvement à nos pas jusqu’à la
tombée de la nuit. Est-ce une impression mais le climat devient plus
méditerranéen au fur et à mesure que nous nous dirigeons vers Mérens et les
portes de l’Ariège ? Pour « preuve », deux couleuvres de
l’espèce verte et jaune (Hierophis viridiflavus) filent à
toute vitesse le long du chemin à l’approche de mes pas.
Fabrice et Nina du petit gîte de Siguer
Après environ 6h30 heures de marche,
le village de Siguer (740 m) est en vue. Nous rejoignons le « petitgîte » où
nous sommes accueillis par Fabrice et sa fille Nina. Chaleureusement recommandé
par Gilla du gîted’Esbints, ce gîte
consacre une philosophie de vie où simplicité rime avec confiance. Vous pouvez
donner en fonction de votre budget pour manger et/ou passer la nuit ici. Une
situation, m’explique Nina, qui fonctionnait bien l’année dernière et qui a un
plus de mal à se mettre en place à présent, les randonneurs étant peut-être
trop habitués à payer selon un tarif affiché. Aussi, si vous êtes dans cette
catégorie, sachez que le tarif moyen pratiqué par les gîtes pyrénéens pour la
demi-pension avec logement avoisine - en 2011 - les 30 à 35 euros. À bon
entendeur...
Passez la porte du gîte et
asseyez-vous à la table pour déguster le délicieux sirop de menthe maison de
Nina qui, à la lecture du livre d’or, s’avère être aussi une excellente
cuisinière. Et ce n’est pas nos deux sexagénaires anglais - Jane et Robert -
que nous retrouvons ici en train de manger un savoureux taboulé - merguez qui
me démentiront ! S’asseoir à cette table, c’est prendre le risque de ne
plus démarrer. Cela ne m’aurait pas déplu, mais il est à peine 15h et deux
heures de marche supplémentaires ne seront pas superflues si nous voulons
atteindre, comme souhaité, le Col de Gamel (1390 m) et ainsi rendre
l’étape du lendemain plus confortable.
Il faut bien deux heures, deux
longues heures pour atteindre ce col. Couverts d’herbes hautes et de genêts
dans des terrains défoncés par les vaches, les terrains plats y sont une denrée
rarissime ! C’est donc sur le « chemin horizontal vers la source »,
renseigné dans le topoguide que je planterai ma tente. Peu visible à cause des
fougères, il présente de nombreuses zones planes. Contrastant avec les jours
précédents, le soleil nous inonde de ses rayons chauds jusqu’à ce qu’il passe
de l’autre côté de la montagne.
Coucher de soleil au col de Gamel
Jane et Robert qui nous rejoignent
un peu plus tard plantent aussi leur tente au col. Je découvrirai que derrière
le plantigrade du GR10 dont j’ai suivi durant deux jours les traces dans la
boue se cachait Robert chaussé de sandales bien particulières !
Bon à savoir:
●Pas d’eau entre Goulier et Siguer.
●Source d’eau au col de Gamel (renseigné dans le
topoguide) : emprunter sur plusieurs centaines de mètres un chemin très peu
visible, au SE, derrière la zone à fougères. Peu de zones plates au col :
possibilité de planter la tente au début de ce chemin.
●RefugeauColdeGrail(mais, attention, ouvert uniquement
pour des groupes organisés qui font une demande préalable !). Tables de
pique-nique à l’extérieur mais pas d’eau.
●Fabrice du « petit gîte de Siguer » propose
à ceux qui le souhaitent un service de ravitaillement à la cabane de Clarans
(et éventuellement à la cabane de CourtalMarti). Infos : Fabrice Scheffer - http://petitgitesiguer.fr/
Nuit agitée... En cause,
probablement le thé noir prit la veille au soir... Lever 6h30, départ vers
8h00... Dans la salle où nous déjeunons, nous croisons deux sexagénaires
anglais qui nous surprennent, car luxe suprême, ils tartinent avec
beaucoup d'assiduité leurs tartines, un confort gastronomique que peu de
randonneurs se permettent. Retenez leurs prénoms, Jane et Robert, nos chemins
se recroiseront...
Une longue journée nous attend.
On ne le sait pas encore, Rémy et moi, mais ce seront plus de 9 heures de
marche qui seront imprimées le soir dans nos godasses. Peu après Aulus, le GR
grimpe d’abord, comme l’Ariège nous a habitués depuis plusieurs jours, dans de
superbes forêts de hêtre ponctuées de-ci de-làde gros blocs de
pierre moussus. Pour l’heure, ces forêts sont encore dans le brouillard, les
horizons étant bouchés mais, nous a-t-on assuré, le beau temps va revenir pour
plusieurs jours au moins. Les chemins sont autrement meilleurs que ceux foulés
les deux jours précédents, comprenez par là qu’il y a beaucoup moins de gadoue.
Après un peu plus de deux heures
de marche, le plateau herbagé de Coumebière (1400 m) est en vue. Et
sous le soleil ! Des vaches « carillonnantes » accueillent les
randonneurs d’un jour qui sont nombreux à monter aujourd’hui.
Dans la montée
(1h30) vers le Port de Saleix (1794 m) un vent froid rafraîchit
progressivement l’atmosphère avant de glisser, de l’autre côté du Col de
Bassiès (1933 m) vers le refuge du même nom (RefugedeBassiès)
où nos corps frigorifiés retrouvent la chaleur nécessaire autour d’une
bonne soupe et d’une omelette au fromage.
Descente vers les lacs et le refuge de Bassiès
Le barrage a créé trois lacs
successifs qui sont le paradis des pêcheurs. Une tête de brochet, à côté des
plombs et des lignes de pêche qui sont
en vente dans la vitrine du refuge, fait figure de trophée dérisoire.
Les versants sont couverts de callune (bruyère) en fleurs qui couvre
l’atmosphère d’une senteur enivrante de miel. Très beau parcours ensuite le
long des étangs, magnifiés par le contraste des couleurs qu’impriment le soleil
et les nuages sur l’eau et les floraisons.
Après la traversée d’un pont de
pierre (1580 m) peu après le dernier étang, commencent les ennuis...
Signe de fatigue, mes pieds butent continuellement sur les pierres arrondies et
instables qui obstruent le chemin encaissé et bordé de genêts, fougères et
buis... Seuls les lézards semblent s’amuser de la situation filant par dizaines
devant mes pieds...
Un Orry, cabane en pierres sèches
L’ancien aqueduc
(1160 m), enfin, où un panneau nous propose une alternative : gîteMounicouà Marc (> 2h) vers la droite, et Auzat
vers le bas (probablement une variante du GR10). Au diable « le
Gr10 sinon rien... », c’est cette dernière option que mon désormais
camarade de marche Rémy et moi choisissons (voir « Bon à savoir »).
Nous ne ferons donc pas le tronçon du GR10 « classique » Marc -> Étang
d’Izourt -> Goulier mais rejoindrons directement Goulier au départ d’Auzat
(hors GR), ce qui nous évitera les prochains jours de devoir couvrir de longues
journées de marche de 9h comme ce fut le cas aujourd’hui... Il est 19h quand on
arrive au campingd’Auzat
qui est bondé. Il ne reste que les terrains en pente et les douches ne sont pas
ce qu’il y a de plus propre... Mais ne boudons pas notre plaisir, ce camping a
le mérite d’exister. Aucun magasin n’est ouvert à cette heure-ci... La
nuit tombe et derrière le brouhaha et les hurlements du camping, des crapauds
accoucheurs ou alytes essaient de faire entendre leur choeur...
Bon à savoir :
Deux heures au moins après les
étangs de Bassiès, plus bas que l’ancien aqueduc, un panneau propose deux possibilités
qui permettent in fine de rejoindre Goulier :
●option longue, vers la droite sur le GR vers le
gîte Mounicou (Marc) -> Etang
d’Izourt -> Goulier (10h30),
●option courte, vers le bas quittant le GR10
« classique » vers Auzat -> Goulier (en passant par Olbier)
: 3 h ?. Le GR est bien marqué jusqu’à ce qu’il traverse la rivière et atteigne
une route. Là, il faut suivre la route en direction d’Auzat jusqu’à ce qu’un
pont sur la gauche permette à nouveau d’enjamber le ruisseau et de prendre un
sentier balisé « ronds jaunes » qui mène à Auzat. Pour Auzat ->
Goulier, voir l’étape du mercredi 10 août.
Nuit calme et reposante sous la
yourte pyrénéenne.... L’horizon est à nouveau bouché ce matin avec le trio infernal
des trois B : brouillard, brume, bruine. Et un quatrième, omniprésent
toute cette journée, qui vient s’y coller : la boue, la bouillasse... qui se
transforme en de nombreux endroits en bauge glissante par le travail des
animaux, ânes et chevaux en tête, qui défoncent les chemins, ralentissant ainsi
la marche des GRdistes....
Comme en de nombreux endroits en
Ariège, le sentier est ponctué de granges abandonnées, en ruines, reprises par
la végétation forestière... alors qu’en des temps pas si anciens, les jasses
(pâturages) arrivaient certainement jusqu’à elles. Un signe que la forêt a
repris du terrain au fil du temps comme le témoigne un article récent intitulé : "Pyrénées : la forêt efface peu à peu les paysages formés par l'Homme".
Extrait : « Les paysages sont en pleine recomposition. On voit les paysages agropastoraux traditionnels s'effacer progressivement avec la disparition de ces activités et le changement des pratiques. Il reste des foyers d'activité intenses où les paysages sont plutôt stables avec des prairies fauchées, des estives broutées, des lisières marquées, comme en Béarn et Pays basque. La partie la plus touchée est la zone intermédiaire où bois et fougères envahissent les anciennes prairies. Vers l'Est, en Ariège, on a vu une évolution incroyable en trente ans. L'abandon agricole et pastoral fait que la forêt va du fond de la vallée aux estives. L'enfrichement va très vite s'il n'y a pas de bétail pour contrôler les afflux forestiers (bouleaux, frênes, etc.). Mais partout, en raison de la diminution de la population et de changements de pratiques, la déprise et la reforestation gagnent. Même si le Béarn et le Pays basque conservent des paysages jardinés, entretenus, fauchés, contenus grâce à l'activité agropastorale, ailleurs on va vers un paysage forestier qu'il sera difficile d'inverser ».
Avec cette purée de pois, mon esprit
vagabonde vers des horizons plus intérieurs et mes pas foulent, par une
mécanique maintenant bien rodée et huilée, les Cols de Fitté (1387 m),
Cols d’Escots (1618 m), Jasse de Fouillet (117 m)... L’auberge
d’altitude est ouverte mais quand j’y arrive il est trop tôt pour m’y
restaurer. À une demi-heure près, Rémy, Guy et Noëlle auront plus de chance...
Après l’auberge, le GR traverse
des forêts de vieux sapins où un bruissement d’ailes sourd me sort de mes
pensées embrumées : une gélinotte, un grand tétras, qui sait ? … En
tout cas, probablement un vol de gallinacé. M’apercevant, un troupeau de brebis
accourt des collines herbeuses, croyant peut-être trouver le berger à qui je
dois furieusement ressembler avec mes bâtons et ma cape de pluie dans le vent.
Le temps est vraiment trop pourri et avec l’humidité qui me colle à la peau et
le milieu hydroponique dans lequel baignent mes pieds, je n’ai plus qu’une
seule envie : arriver au plus tôt à Aulus-les-Bains (pieds ;-) où
je pourrai me reposer et me réapprovisionner.
La solution d’un raccourci s’offre en la présence du GRP
« Tour du Val Garbet » qui croise le GR10 et qui en 1 heure (au
lieu de 3h30 par le GR10) mène à Aulus-les-Bains (750 m). Il ne
pleut plus lorsque j’arrive au village. Je rejoins illico le camping
où je me prends presque habillé une douche de ¾ d’heure, histoire de me
réchauffer tout en me lavant et lavant les vêtements que je porte. Je retrouve
Rémy, Noëlle et Guy un peu plus tard. Rémy,
le « Bernard Ollivier » du GR10, qui hier encore me disait
« Je ne louperai pas 1 cm du GR10... » n’aura pas résisté
à la “pression climatique” et à celle du groupe : il empruntera comme moi
ce raccourci ! Le GR10, sinon rien... n’aura pas vécu longtemps;-)
Bon à savoir :
●Un tronçon du GRP « Tour du Val Garbet » (qui
croise le GR10) à hauteur de la jasse du Fouillet permet d’atteindre
Aulus-les-Bains en 1 heure (au lieu de 3h30 par le GR10). Bon plan en cas de
mauvais temps ou pour raccourcir l’étape.
●Nombreux commerces à Aulus, pas de distributeur
d’argent.
Nuit pluvieuse... Aujourd’hui
s’annonce une journée « Avec ». Avec du brouillard, avec de la
bruine, avec de la pluie... et même avec un peu de soleil, trop timide
toutefois pour s’imposer. Et, cerise sur le gâteau, avec beaucoup de gadoue
avant et après Rouze.
Vue du Col de Pause sur le vallon d'Aula
La pluie semble avoir attendu que
l’on sorte de la cabane d’Aula pour nous arroser copieusement. Seules quelques
grenouilles rousses s’aventurent sur le sentier qui grimpe au Col de Pause
(1998 m). L’étape du jour sera longue jusque Saint-Lizier d’Ustou, 9
heures de marche...
Etang d'Arreau
Après le Col de Pause, la brume
se lève légèrement pour laisser découvrir, l’espace de quelques minutes, l’Etang
d’Arreau (1888 m). En contrebas, un nouveau refuge fraîchement
construit - le RefugeONFd’Arreauoud’Areou- appartenant au réseau Retrouvances(ouvert
seulement pour des groupes organisés, env. 145 €/nuit).
Il faut près de deux heures, après le col, pour rejoindre Couflens.
Vers Couflens
L’arrivée vers
midi à la ferme-gîtedeRouze(930 m) est accueillie avec une satisfaction d’autant plus grande que
la ferme offre un vaste choix de fromages de chèvres, des plus frais aux plus
faits, ainsi que du saucisson et du pain frais. Les pentes, boueuses à souhait,
sont particulièrement épuisantes pour les jambes qui doivent lutter sur ces
terrains glissants sous le poids de la gadoue collée aux bottines détrempées.
Ferme et gîte de Rouze
Saint-Lizier d’Ustou
(740 m), enfin ! Le gîtedelacollineverte
est complet; aussi, les responsables nous proposent de dormir dans la yourte au
fond du jardin, une expérience inédite pour moi comme, je crois aussi, pour
Rémy, Guy et Noëlle. À l’occasion du repas, Rémy et moi découvrons et
échangeons sur notre passion commune pour BernardOllivier, l’écrivain profondément humaniste
qui a notamment écrit « Longue marche ». Un titre qui parle aux
randonneurs...
Yourte (photo Rémy Cavailles)
Bon à savoir :
●Ferme-gîtedeRouze:
superbe gîte, possibilités d’approvisionnement (pain, saucisson mais surtout de
savoureux fromages de chèvres !).
●« Lacollineverte »
(Saint-Lizier) : gîte éco-bio... cool, repas et ambiance sympas. Une bonne
adresse !