Toutes les étapes



J37 - Dimanche 14 août 2011 : Etang des Bésines -> Refuge de Bouillouses


Vue du col de Coma d'Anyell vers les lacs
Nuit paisible et au sec dans ma cabane... Tellement sèche, qu’au petit matin, surprise, mes affaires trempées de la veille sont déshydratées ! Direction, à une demi-heure de là, le refuge CAF des Bésines pour me prendre un petit déjeuner... Loin de trouver l’ours que l’on m’avait décrit, le gérant du refuge s’avère aimable, souriant et au petit soin avec ses hôtes. Il doit être 8h15 quand je redémarre. Au programme : une mise en jambe de 2h30 de montée plein Est vers le Col de Coma d’Anyell d’où on plonge ensuite vers l’Étang de Lanoux. Je croise le jeune berger des environs non loin de la sa cabane (cabane de Rouzet) située à la croisée des GR10 et GR7. La direction du GR10 étant bien moins indiquée, nombreux sont les randonneurs qui s’embarquent tête baissée sur ce dernier. La vigilance s'impose donc à ce carrefour !

Etang de Lanoux

Le troupeau de brebis dont je veux enregistrer les sonnailles fuit à mon arrivée. Passé Merens et Andorre L’Hospitalet, nous quittons les Pyrénées ariégeoises pour entrer de plain pied dans les Pyrénées orientales. La transition est nette : finis, les grands dénivelés de l’Ariège !

Vallée de la Grave
Après le Col de la Grave se profile une superbe et longue descente dans la vallée du même nom (Vallée de la Grave) où le ruisseau a dessiné des méandres et creusé des mares éclatantes sous le soleil.

Quand le barrage de Bouillouse est en vue, apparaissent en nombre des marcheurs du dimanche, une concentration qui va croissant sans être envahissante au fur et à mesure que je me rapproche du but.

Barrage de Bouillouse
Repos des pieds et du ventre au bar-restaurant de l’hôtel Bones Hores avec une succulente omelette accompagnée d’une tarte aux myrtilles en dessert. Mais comme de tradition en fin de journée, le ciel s’assombrit en fin de journée et s’abat peu après une seconde pause café au refuge CAF des Bouillouses tout proche où je prends mon temps pour surveiller et évaluer l’évolution de la météo. Le temps passant, le courage me manque finalement de poursuivre dans l’humidité vers le « refuge de l’Étang de Pradeille (abri) » dont des randonneurs pensaient qu’elle était détériorée et souillée par des chevaux (le lendemain, je verrai que ce n’est pas le cas). Aussi, je passerai la nuit en demi-pension (39,60 €) au CAF. Je ne le regretterai pas car vers 19h le ciel éructe à nouveau une pluie abondante. Une amélioration est en vue pour les prochains jours... En attendant, après la pluie, la brume s’installe...

Souper lasagne... Basique... Une cinquantaine de personnes passent la nuit ce soir dans le refuge... Discussion avec un grand hollandais solitaire, deux jeunes français...

Bon à savoir :
●        Pas de source entre les Refuges des Bésines et de Bouillouses.
●        Beaucoup de possibilités de bivouac sur cette étape (Étang de Lanoux, barrage de Bouillouse...).



J36 - Samedi 13 août 2011 : Refuge de Rhule -> Refuge du Barrage des Bésines


(Hors GR10, en passant par le GRT68  -> Andorre L'Hospitalet -> GR107 -> Bésines)

Lac et refuge au loin (au pied du Pic de Rhule)
La journée avait bien commencé au refuge de Rhule sous un ciel bleu et ensoleillé, mais les prévisions étaient claires : une dégradation des conditions météorologiques se profilerait dès l’après-midi. Et ici, ce soir, dans ma petite cabane des Bésines, je me dis que la chance sourit aux audacieux, car je suis au chaud, au sec... et au calme après avoir survécu à quelques mésaventures en fin de journée.

Plus tôt ce matin, j’avais décidé, après avoir quitté et laissé mes compagnons (Jane, Robert, Rémy) de plusieurs jours filer vers Mérens-les-Vals, de ne pas suivre le GR10 classique qui descend vers / puis remonte de Merens, mais de poursuivre sur le GRT68 qui reste plus en hauteur et qui longe une série d’étangs aux eaux cristallines. Étonnamment, autour des lacs, de nombreuses floraisons s’épanouissent alors qu’ailleurs, elles sont fanées depuis belle lurette : petit cocriste (ou rhinanthe), digitale jaune, aconit... Malgré la beauté des lieux, ce n’est pas l’affluence redoutée pour un samedi ensoleillé. Quelques groupes d’Espagnols, un jeune couple avec enfant sur le dos, quelques pêcheurs ou randonneurs isolés, guère plus. Mais il faut reconnaître que cette balade se mérite, les routes étant à bonne distance et la grimpée pas à la portée du premier venu...

Peu après le refuge et les lacs, dans la montée, un entrepreneur pioche le sentier du GR pour le rendre plus accessible. Payé par le Conseil général car me dit-il « À part la randonnée, y a pas grand chose à faire en Ariège ».

Aconit
Gentianes jaunes

Plus loin au bord d’un étang je recroise un français vu quelques heures plus tôt à la fontaine du refuge de Rhule. Il ne m’a pas dépassé, il a coupé au plus court en gravissant la montagne depuis le refuge pour se retrouver là où je le retrouve alors que moi j’ai contourné tout le massif pendant 3h30 pour arriver au même point. Sauf qu’avec mon gros sac à dos, je n’aurais pas pu suivre ce parcours. On parle de l’ours, sujet de prédilection en Ariège. Le seul ours qu’il n’ait jamais vu dans ces montagnes, me dit-il, sévit au refuge des Bésines. Je fais le lien avec ce qu’une autre personne m’exprimait la veille en insistant sur l’importance d’arriver avant 19h30 à ce refuge pour que le responsable serve un repas. Une manière diplomatique peut-être pour me faire comprendre en d’autres mots la même chose ?

De nombreux éboulis de pierres encombrent le GR, mais après 12 jours de marche, mes pieds alertes les enjambent aisément. 6 heures de marche plus tard, j'atteins l’Hospitalet et croise, peu avant, un concitoyen flamand, Mark, originaire de Leuven. Il est « moins une » car depuis quelque temps le tonnerre gronde et à peine étions-nous installés à la terrasse de l’hôtel-restaurant que le ciel nous tombe sur la tête (heureusement bien protégée par un parasol mural). Nous échangeons nos impressions et expériences autour de la randonnée, de l’impasse politique belge... Et en abordant la question professionnelle, quelle surprise de découvrir que nous avons plusieurs amis et connaissances en commun. Sûr qu’on se reverra !

L'Hospitalet
L’orage gronde au loin et mon intention première est d’aller au gîte de l’Hospitalet mais après une pause d’une heure, je sens que c’est la grande forme. Je suis optimiste et confiant dans ma bonne étoile car les grondements du tonnerre semblent s’éloigner. Aussi, je passe à côté du gîte avec la ferme intention de rejoindre au moins le lac et les cabanes des Bésines, sinon le refuge qui se trouve à 2h30 de marche de l’Hospitalet. Je marche d’un pas décidé... et une demi-heure plus tard je dois bien reconnaître que mon optimisme risque d’être mis à dure épreuve : le tonnerre gronde de plus belle et le front sombre des nuages qui semblait s’éloigner... se rapproche. C’est sûr, je vais en baver et je regrette à présent mon choix... Mais il est trop tard pour faire marche arrière. J’accélère encore le pas et, aux dires de randonneurs qui rebroussent chemin, à ce rythme je pourrais bien atteindre le refuge des Bésines... dans 1h30. Gloups ! Je connais ce genre de situation, de toute évidence le ciel sombre va subitement m’éructer quelque chose sur la tête et , sans crier gare, lorsqu’il l’aura décidé... Aussi, je me prépare à me faire saucer en recouvrant mon sac à dos de sa housse protectrice et en enfilant ma cape de pluie. Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les premières gouttes de pluie se transforment en une averse de grêlons, d’abord gros comme des petites billes d’enfants, ensuite énormes comme des œufs de caille. Je me réfugie sous un conifère et protège le dessus de ma tête de mes deux mains, car ce sont à présent des œufs de pigeon, volumineux comme les billes « cartaches » de ma jeunesse, qui s’abattent avec une rare violence. Je râle sur ma témérité et à la fois je ris sous (ma) cape, face à cette situation à laquelle je prends beaucoup de plaisir, sachant qu’un orage ne dure jamais longtemps et qu’au pire, on n’osera pas refuser ma présence au refuge dans un si triste état... Le sol est jonché de ces billes blanches de différents calibres que j’écrase sous mes pas en galopant entre deux averses.

Je traverse les paysages sans les voir... J’arrive finalement à la première des deux cabanes de Bésines (Refuge du Barrage des Bésines) dans laquelle je m'engouffre. Il y fait sec, il y règne même une certaine chaleur et il présente de bonnes places de couchage. Sans que ce ne soit le grand luxe, elle me plaît bien ! Je me l’approprie l'espace d’une nuit en étant presque certain de ne plus croiser ce soir d’autres randonneurs sur les chemins inondés : soit ils sont à l’abri depuis belle lurette dans une autre cabane, soit ils sont au Refuge CAF des Bésines. Et aucun regret de ne pas être parmi eux, car j’aspire à une soirée au calme, en solitaire... sans devoir subir les ronflements de voisins de chambrée !

En attendant demain matin, je salive à l’idée d’aller tâter le petit-déjeuner chez « l’ours » du refuge CAF de Bésines...

Bon à savoir :
GRT68 entre Rhule et l'Hospitalet
●        Du refuge de Rhule il est possible de rejoindre les Bésines sans descendre sur Merens en prenant le GRT68 vers l'Hospitalet (par de superbes lacs) puis le GR107 de l'Hospitalet aux Bésines.
●        Pas de source d’eau entre le refuge de Rhule et Andorre l’Hospitalet (mais de nombreux ruisseaux).
●        Plusieurs possibilités de bivouac entre le refuge de Rhule et Andorre l’Hospitalet (notamment au bord d’étangs).
●        Andorre L’Hospitalet : gare de train internationale, magasin, bar-restaurant, distributeur d’argent.
●        Deux cabanes sur le GR107 (L’Hospitalet -> Bésines) avant le refuge de Bésines : le refuge du barrage des Bésines et la cabane des Bésines.


J35 - Vendredi 12 août 2011 : Cabane de Clarans -> Refuge de Rhule


Lever 6h30... Le loir est probablement couché à cette heure. Grâce à mes boules Quiez, la nuit fut réparatrice. Le petit déjeuner “riz au lait” (1 € la boîte) me cale pour le reste de la journée. Départ vers 8h15. Nous retrouvons Jane et Robert qui ont passé la nuit à hauteur de la Cabane 1 de Clarans.

La Jasse d'Artaran
La Jasse (= pâturage) d’Artaran (1695 m) est en vue après deux heures de montée dans une pente très raide à travers une forêt de hêtre avant de déboucher au sommet dans un pré à genévrier. Là-haut, une source est renseignée et balisée (env. à 500 m). Pause au restaurant du plateau de Beille où avec Rémy, Jane et Robert, je savoure un café et un morceau de tarte aux myrtilles avant de poursuivre sur une longue piste en pente douce vers le Col de la Didorte (2093 m). Cette piste scintille des mille reflets de lamelles de micaschiste éclairées par le soleil. Dans la montée, de curieuses trottinettes tirées par des chiens me dépassent. À mon étonnement affiché, j’entendrai pour réponse « Ce sont des trottidogs... ».

Col de Fines

Cela fait une semaine que mon petit orteil gauche - encore lui - me crée des soucis et là, je n’en peux plus... J’enfile une autre paire de chaussettes mais rien n’y fait... Je poursuis néanmoins. Au-delà de la piste, les paysages sont tout simplement superbes, mêlant les « jasses » (pâturages) et des zones plus rocheuses et des vues sur les cols de la crête des Isards à 360°. En 5 heures de marche depuis Beille, le refuge de Rhule (2185 m) est en vue... sous une lumière exceptionnelle. J’y passerai la nuit avec mes compagnons de plusieurs jours, Jane, Robert, Rémy.

Bon à savoir :
●        Eau disponible au restaurant de Beille
●        Source renseignée et balisée peu avant la jasse d’Artaran (-> 500 m)
●        Nombreuses possibilités de bivouac entre la Cabane de Clarans et le refuge de Rhule.
●        Source (tuyau) à la cabane de berger entre les Cols de Finestres et le col de la Didorte.



J34 - Jeudi 11 août 2011 : Col de Gamel (Siguer) -> Cabane de Clarans


Quel plaisir de replier une tente qui n’a pas subit les assauts de la rosée nocturne : camper sous le couvert forestier présente quelques avantages. Le soleil est à nouveau au rendez-vous. Du Col de Gamel (1390 m) on est très rapidement sur la crête de Bède qui se présente comme une succession de collines verdoyantes et arrondies qui me rappellent l’étape passant par les Cromlech’s au Pays basque : du sommet des collines  et en particulier au Pla de Mont Camp (1904 m), le regard s’offre une vision panoramique à 360°.


Aujourd’hui, plus que les jours précédents, nous croisons des randonneurs chargés de gros sacs à dos qui profitent peut-être des conditions climatiques plus favorables pour s’élancer à l’assaut du GR10. Parmi ceux-là, il y a cet homme, la soixantaine, croisé dans la pente interminable entre le Col de Sirmont (1693 m) et la vallée de Coudenes (1040 m). Un véritable Sherpa chargé d’un sac... de 30 kg ! Because we are walking during 3 weeks, justifiera-t-il. La jeune fille d’une vingtaine d’années qui l’accompagne n’a, elle, « que » 25 kg sur le dos. De quoi passer des vacances inoubliables, j’en conviens... Et moi qui maugréais avec mon sac de 14 ou 15 kg !


La saison des fruits des bois est à son paroxysme et les pauses myrtilles se font plus nombreuses. À environ 10 minutes de la vallée de Coudenes (1040 m) se profile la cabane de Clarans, sombre et sentant le renfermé. Mais heureusement, un peu plus loin se trouve la cabane de Clarans « bis », celle approvisionnée par Fabrice du petit gîte de Siguer et bordée d’un plantureux mirabellier dont je ferai bombance. Plus spacieuse et propre que la cabane officielle, elle offre aussi, à l’initiative de Fabrice, des provisions de première nécessité qui dépannent le randonneur dans cette région des Pyrénées, l’Ariège, peu fournie en possibilités de ravitaillement : boîtes de conserve (saucisses aux lentilles, cassoulet, riz au lait), boissons fraîches...  Cette initiative remarquable, basée sur la confiance et la responsabilisation des randonneurs, est à encourager. Chacun se sert de ce dont il a besoin et paie son dû, soit au petit gîte de Siguer, soit au Refuge de Rhule. Merci à Fabrice et Nina !

Pour ce qui me concerne, ce soir ce sera un souper « saucisses aux lentilles ». Prix plus que démocratique, jugez plutôt : 1,40 € la boîte.

Mais le gîte réveille aussi le naturaliste qui sommeille en moi. Un loir (Glis glis) vient régulièrement nous rendre visite, il passe et repasse sur les poutres, sautillant comme un kangourou et s'agrippant comme un singe sur les murs de la cabane ! Superbe observation... et une nuit agitée en perspective.

Bon à savoir :
●        Ravitaillement possible à la Cabane « bis » de Clarans (et celle de Courtal Marti)  et payable soit au petit gîte de Siguer, soit au refuge de Rhule en fonction de votre parcours. Merci à Fabrice Scheffer du petit gîte de Siguer pour cette remarquable initiative ! Se renseigner auprès de Fabrice :   http://petitgitesiguer.fr  + actualité 2014
●        Pas de source d’eau croisée entre le Col de Gamel et la Cabane de Clarans. Par contre, de nombreux ruisseaux et ruisselets (pastilles nécessaires).
●        Le topoguide GR10 renseigne une « prise d’eau non traitée » à Clarans. Probablement le ruisseau (pastilles nécessaires).


J33 - Mercredi 10 août 2011 : Auzat -> Col de Gamel (après Siguer)

Village d'Olbier
Départ du camping d’Auzat vers 8h30. Retour en arrière sur quelques centaines de mètres vers les usines à l’entrée du village. Un chemin balisé de « ronds jaunes » (« Hors GR » dans le topoguide) passe par les charmants hameaux d’Olbier et Goulier où nous retombons sur le GR10. Aujourd’hui, c’est le grand retour du ciel bleu et du soleil qui donnent du mouvement à nos pas jusqu’à la tombée de la nuit. Est-ce une impression mais le climat devient plus méditerranéen au fur et à mesure que nous nous dirigeons vers Mérens et les portes de l’Ariège ? Pour « preuve », deux couleuvres de l’espèce verte et jaune (Hierophis viridiflavus) filent à toute vitesse le long du chemin à l’approche de mes pas.




Fabrice et Nina du petit gîte de Siguer
Après environ 6h30 heures de marche, le village de Siguer (740 m) est en vue. Nous rejoignons le « petit gîte » où nous sommes accueillis par Fabrice et sa fille Nina. Chaleureusement recommandé par Gilla du gîte d’Esbints, ce gîte consacre une philosophie de vie où simplicité rime avec confiance. Vous pouvez donner en fonction de votre budget pour manger et/ou passer la nuit ici. Une situation, m’explique Nina, qui fonctionnait bien l’année dernière et qui a un plus de mal à se mettre en place à présent, les randonneurs étant peut-être trop habitués à payer selon un tarif affiché. Aussi, si vous êtes dans cette catégorie, sachez que le tarif moyen pratiqué par les gîtes pyrénéens pour la demi-pension avec logement avoisine - en 2011 - les 30 à 35 euros. À bon entendeur...

Passez la porte du gîte et asseyez-vous à la table pour déguster le délicieux sirop de menthe maison de Nina qui, à la lecture du livre d’or, s’avère être aussi une excellente cuisinière. Et ce n’est pas nos deux sexagénaires anglais - Jane et Robert - que nous retrouvons ici en train de manger un savoureux taboulé - merguez qui me démentiront ! S’asseoir à cette table, c’est prendre le risque de ne plus démarrer. Cela ne m’aurait pas déplu, mais il est à peine 15h et deux heures de marche supplémentaires ne seront pas superflues si nous voulons atteindre, comme souhaité, le Col de Gamel (1390 m) et ainsi rendre l’étape du lendemain plus confortable.

Il faut bien deux heures, deux longues heures pour atteindre ce col. Couverts d’herbes hautes et de genêts dans des terrains défoncés par les vaches, les terrains plats y sont une denrée rarissime ! C’est donc sur le « chemin horizontal vers la source », renseigné dans le topoguide que je planterai ma tente. Peu visible à cause des fougères, il présente de nombreuses zones planes. Contrastant avec les jours précédents, le soleil nous inonde de ses rayons chauds jusqu’à ce qu’il passe de l’autre côté de la montagne.

Coucher de soleil au col de Gamel
Jane et Robert qui nous rejoignent un peu plus tard plantent aussi leur tente au col. Je découvrirai que derrière le plantigrade du GR10 dont j’ai suivi durant deux jours les traces dans la boue se cachait Robert chaussé de sandales bien particulières !

Bon à savoir :
●        Pas d’eau entre Goulier et Siguer.
●        Source d’eau au col de Gamel (renseigné dans le topoguide) : emprunter sur plusieurs centaines de mètres un chemin très peu visible, au SE, derrière la zone à fougères. Peu de zones plates au col : possibilité de planter la tente au début de ce chemin.
●        Refuge au Col de Grail (mais, attention, ouvert uniquement pour des groupes organisés qui font une demande préalable !). Tables de pique-nique à l’extérieur mais pas d’eau.
●        Fabrice du « petit gîte de Siguer » propose à ceux qui le souhaitent un service de ravitaillement à la cabane de Clarans (et éventuellement à la cabane de Courtal Marti). Infos : Fabrice Scheffer - http://petitgitesiguer.fr/

J32 - Mardi 9 août 2011 : Aulus-les-Bains -> Auzat



Nuit agitée... En cause, probablement le thé noir prit la veille au soir... Lever 6h30, départ vers 8h00... Dans la salle où nous déjeunons, nous croisons deux sexagénaires anglais qui nous surprennent, car luxe suprême, ils tartinent avec beaucoup d'assiduité leurs tartines, un confort gastronomique que peu de randonneurs se permettent. Retenez leurs prénoms, Jane et Robert, nos chemins se recroiseront... 


Une longue journée nous attend. On ne le sait pas encore, Rémy et moi, mais ce seront plus de 9 heures de marche qui seront imprimées le soir dans nos godasses. Peu après Aulus, le GR grimpe d’abord, comme l’Ariège nous a habitués depuis plusieurs jours, dans de superbes forêts de hêtre ponctuées de-ci de-là de gros blocs de pierre moussus. Pour l’heure, ces forêts sont encore dans le brouillard, les horizons étant bouchés mais, nous a-t-on assuré, le beau temps va revenir pour plusieurs jours au moins. Les chemins sont autrement meilleurs que ceux foulés les deux jours précédents, comprenez par là qu’il y a beaucoup moins de gadoue. 

Après un peu plus de deux heures de marche, le plateau herbagé de Coumebière (1400 m) est en vue. Et sous le soleil ! Des vaches « carillonnantes » accueillent les randonneurs d’un jour qui sont nombreux à monter aujourd’hui. 

Dans la montée (1h30) vers le Port de Saleix (1794 m) un vent froid rafraîchit progressivement l’atmosphère avant de glisser, de l’autre côté du Col de Bassiès (1933 m) vers le refuge du même nom (Refuge de Bassiès) où nos corps frigorifiés retrouvent la chaleur nécessaire autour d’une bonne soupe et d’une omelette au fromage. 

Descente vers les lacs et le refuge de Bassiès
Le barrage a créé trois lacs successifs qui sont le paradis des pêcheurs. Une tête de brochet, à côté des plombs et des lignes de pêche qui sont  en vente dans la vitrine du refuge, fait figure de trophée dérisoire. Les versants sont couverts de callune (bruyère) en fleurs qui couvre l’atmosphère d’une senteur enivrante de miel. Très beau parcours ensuite le long des étangs, magnifiés par le contraste des couleurs qu’impriment le soleil et les nuages sur l’eau et les floraisons. 

Après la traversée d’un pont de pierre (1580 m) peu après le dernier étang, commencent les ennuis... Signe de fatigue, mes pieds butent continuellement sur les pierres arrondies et instables qui obstruent le chemin encaissé et bordé de genêts, fougères et buis... Seuls les lézards semblent s’amuser de la situation filant par dizaines devant mes pieds...

Un Orry, cabane en pierres sèches
L’ancien aqueduc (1160 m), enfin, où un panneau nous propose une alternative : gîte Mounicou à Marc (> 2h) vers la droite, et Auzat vers le bas (probablement une variante du GR10). Au diable «  le Gr10 sinon rien... », c’est cette dernière option que mon désormais camarade de marche Rémy et moi choisissons (voir « Bon à savoir »). Nous ne ferons donc pas le tronçon du GR10 « classique » Marc -> Étang d’Izourt -> Goulier mais rejoindrons directement Goulier au départ d’Auzat (hors GR), ce qui nous évitera les prochains jours de devoir couvrir de longues journées de marche de 9h comme ce fut le cas aujourd’hui... Il est 19h quand on arrive au camping d’Auzat qui est bondé. Il ne reste que les terrains en pente et les douches ne sont pas ce qu’il y a de plus propre... Mais ne boudons pas notre plaisir, ce camping a le mérite d’exister. Aucun magasin n’est ouvert à cette heure-ci... La nuit tombe et derrière le brouhaha et les hurlements du camping, des crapauds accoucheurs ou alytes essaient de faire entendre leur choeur...

Bon à savoir :
Deux heures au moins après les étangs de Bassiès, plus bas que l’ancien aqueduc, un panneau propose deux possibilités qui permettent in fine de rejoindre Goulier :
●        option longue, vers la droite sur le GR vers le gîte Mounicou (Marc)  -> Etang d’Izourt -> Goulier  (10h30),
●        option courte, vers le bas quittant le GR10 « classique » vers Auzat -> Goulier (en passant par Olbier) : 3 h ?. Le GR est bien marqué jusqu’à ce qu’il traverse la rivière et atteigne une route. Là, il faut suivre la route en direction d’Auzat jusqu’à ce qu’un pont sur la gauche permette à nouveau d’enjamber le ruisseau et de prendre un sentier balisé « ronds jaunes » qui mène à Auzat. Pour Auzat -> Goulier, voir l’étape du mercredi 10 août.




J31 - Lundi 8 août 2011 : Gîte “La Colline verte” à St-Lizier d’Ustou => Aulus-les-Bains


Nuit calme et reposante sous la yourte pyrénéenne.... L’horizon est à nouveau bouché ce matin avec le trio infernal des trois B : brouillard, brume, bruine. Et un quatrième, omniprésent toute cette journée, qui vient s’y coller : la boue, la bouillasse... qui se transforme en de nombreux endroits en bauge glissante par le travail des animaux, ânes et chevaux en tête, qui défoncent les chemins, ralentissant ainsi la marche des GRdistes....


Comme en de nombreux endroits en Ariège, le sentier est ponctué de granges abandonnées, en ruines, reprises par la végétation forestière... alors qu’en des temps pas si anciens, les jasses (pâturages) arrivaient certainement jusqu’à elles. Un signe que la forêt a repris du terrain au fil du temps comme le témoigne un article récent intitulé :  "Pyrénées : la forêt efface peu à peu les paysages formés par l'Homme".

Extrait : « Les paysages sont en pleine recomposition. On voit les paysages agropastoraux traditionnels s'effacer progressivement avec la disparition de ces activités et le changement des pratiques. Il reste des foyers d'activité intenses où les paysages sont plutôt stables avec des prairies fauchées, des estives broutées, des lisières marquées, comme en Béarn et Pays basque. La partie la plus touchée est la zone intermédiaire où bois et fougères envahissent les anciennes prairies. Vers l'Est, en Ariège, on a vu une évolution incroyable en trente ans. L'abandon agricole et pastoral fait que la forêt va du fond de la vallée aux estives. L'enfrichement va très vite s'il n'y a pas de bétail pour contrôler les afflux forestiers (bouleaux, frênes, etc.). Mais partout, en raison de la diminution de la population et de changements de pratiques, la déprise et la reforestation gagnent. Même si le Béarn et le Pays basque conservent des paysages jardinés, entretenus, fauchés, contenus grâce à l'activité agropastorale, ailleurs on va vers un paysage forestier qu'il sera difficile d'inverser ».

Avec cette purée de pois, mon esprit vagabonde vers des horizons plus intérieurs et mes pas foulent, par une mécanique maintenant bien rodée et huilée, les Cols de Fitté (1387 m), Cols d’Escots (1618 m), Jasse de Fouillet (117  m)... L’auberge d’altitude est ouverte mais quand j’y arrive il est trop tôt pour m’y restaurer. À une demi-heure près, Rémy, Guy et Noëlle auront plus de chance...

Après l’auberge, le GR traverse des forêts de vieux sapins où un bruissement d’ailes sourd me sort de mes pensées embrumées : une gélinotte, un grand tétras, qui sait ? … En tout cas, probablement un vol de gallinacé. M’apercevant, un troupeau de brebis accourt des collines herbeuses, croyant peut-être trouver le berger à qui je dois furieusement ressembler avec mes bâtons et ma cape de pluie dans le vent. Le temps est vraiment trop pourri et avec l’humidité qui me colle à la peau et le milieu hydroponique dans lequel baignent mes pieds, je n’ai plus qu’une seule envie : arriver au plus tôt à Aulus-les-Bains (pieds ;-) où je pourrai me reposer et me réapprovisionner.

La solution d’un raccourci s’offre en la présence du GRP « Tour du Val Garbet » qui croise le GR10 et qui en 1 heure (au lieu de 3h30 par le GR10) mène à Aulus-les-Bains (750 m). Il ne pleut plus lorsque j’arrive au village. Je rejoins illico le camping où je me prends presque habillé une douche de ¾ d’heure, histoire de me réchauffer tout en me lavant et lavant les vêtements que je porte. Je retrouve Rémy, Noëlle et Guy un peu plus tard. Rémy,  le « Bernard Ollivier » du GR10, qui hier encore me disait « Je ne louperai pas 1 cm du GR10... » n’aura pas résisté à la “pression climatique” et à celle du groupe : il empruntera comme moi ce raccourci ! Le GR10, sinon rien... n’aura pas vécu longtemps ;-)

Bon à savoir :
●        Un tronçon du GRP « Tour du Val Garbet » (qui croise le GR10) à hauteur de la jasse du Fouillet permet d’atteindre Aulus-les-Bains en 1 heure (au lieu de 3h30 par le GR10). Bon plan en cas de mauvais temps ou pour raccourcir l’étape.
●        Nombreux commerces à Aulus, pas de distributeur d’argent.



J30 - Dimanche 7 août 2011 : Cabane d’Aula => Gîte “La Colline verte” à St-Lizier d’Ustou


Nuit pluvieuse... Aujourd’hui s’annonce une journée « Avec ». Avec du brouillard, avec de la bruine, avec de la pluie... et même avec un peu de soleil, trop timide toutefois pour s’imposer. Et, cerise sur le gâteau, avec beaucoup de gadoue avant et après Rouze.

Vue du Col de Pause sur le vallon d'Aula

La pluie semble avoir attendu que l’on sorte de la cabane d’Aula pour nous arroser copieusement. Seules quelques grenouilles rousses s’aventurent sur le sentier qui grimpe au Col de Pause (1998 m). L’étape du jour sera longue jusque Saint-Lizier d’Ustou, 9 heures de marche...

Etang d'Arreau
Après le Col de Pause, la brume se lève légèrement pour laisser découvrir, l’espace de quelques minutes, l’Etang d’Arreau (1888 m). En contrebas, un nouveau refuge fraîchement construit - le Refuge ONF d’Arreau ou d’Areou- appartenant au réseau Retrouvances (ouvert seulement pour des groupes organisés, env. 145  €/nuit).

Il faut près de deux heures, après le col, pour rejoindre Couflens.

Vers Couflens

L’arrivée vers midi à la ferme-gîte de Rouze (930 m) est accueillie avec une satisfaction d’autant plus grande que la ferme offre un vaste choix de fromages de chèvres, des plus frais aux plus faits, ainsi que du saucisson et du pain frais. Les pentes, boueuses à souhait, sont particulièrement épuisantes pour les jambes qui doivent lutter sur ces terrains glissants sous le poids de la gadoue collée aux bottines détrempées.
Ferme et gîte de Rouze

Saint-Lizier d’Ustou (740 m), enfin ! Le gîte de la colline verte est complet; aussi, les responsables nous proposent de dormir dans la yourte au fond du jardin, une expérience inédite pour moi comme, je crois aussi, pour Rémy, Guy et Noëlle. À l’occasion du repas, Rémy et moi découvrons et échangeons sur notre passion commune pour Bernard Ollivier, l’écrivain profondément humaniste qui a notamment écrit « Longue marche ». Un titre qui parle aux randonneurs...

Yourte (photo Rémy Cavailles)

Bon à savoir :
●        Ferme-gîte de Rouze: superbe gîte, possibilités d’approvisionnement (pain, saucisson mais surtout de savoureux fromages de chèvres !).
●        « La colline verte » (Saint-Lizier) : gîte éco-bio... cool, repas et ambiance sympas. Une bonne adresse !
●        Épicerie au camping de Saint-Lizier.